S’APPROCHE-T-ON D’UN VACCIN CONTRE LE SIDA ?

L’étude de la vaccination RV144 réalisée sur trois ans Thaïlande a été présentée et actualisée lors de la CROI. Si l’effet protecteur observé contre l’infection par le VIH est encourageant, il reste néanmoins modeste. Mais ces résultats ouvrent la voie au développement de nouvelles études plus poussées en vue d’améliorer l’efficacité d’un tel protocole de vaccination.

 Au cours de la 17e édition de la conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, un rendez-vous était attendu afin de mieux comprendre l’étude de vaccination RV144 réalisée en Thaïlande. Les résultats , qui avaient été présentés à la presse et publiés dans le New England Journal of Medicine en automne dernier, ont été repris et actualisés par le Dr Kroup puis par le Dr Michael. 

Un protocole combinant deux vaccins

Pour rappel, l’essai de vaccination RV144 a été réalisé sur trois ans, sur une cohorte d’environ 16 000 participants, non infectés par le VIH et provenant de provinces thaïlandaises, où le nombre de nouvelles infections par le VIH reste important. Le protocole de vaccination a été élaboré sur six moins et combine deux vaccins lors d’une stratégie de primo vaccination associée à de rappels de vaccination (ou stratégie de « prime boost »). La primo vaccination a consisté en quatre injections  du vaccin ALVAC-HIV, virus du canarypox génétiquement modifié  pour exprimer trois gênes du VIH (gène codant pour la protéine d’enveloppe gp120 de sous type E  du VIH, et gène codant pour gag et une protéase, de sous type B du VIH), afin de stimuler les cellules T spécifiques au VIH. Elle a été associé à deux rappels par injection du vaccin AIDSVAX B/E qui comporte la protéine d’enveloppe gp20 de sous-type B ou E du VIH (exprimée à la surface du virus), dans le but de stimuler des anticorps dirigés contre cette protéine d’enveloppe. La moitié des participants ont été vaccinés avec ce protocole, tandis  que l’autre moitié à reçu un placebo.

L’objectif principal de l’étude a consisté à observer si ce protocole de vaccination  protège les sujets de l’infection par le VIH. Pour cela, la présence ou non d’une infection par le VIH ainsi que la virémie précoce ont été analysées tous les six mois chez les patients, et ce durant trois ans. Dans le cas de l’observation d’une contamination  par le VIH,  les effets du protocole de vaccination ont été étudiés afin de déterminer s’il y avait un effet sur la charge virale ou sur le nombre de cellules CD4 ; Les risques, la sécurité et la tolérance du vaccin ont également été évalués.

Une efficacité modeste mais encourageante

Au total, 125 personnes ont été infectées par le VIH au cours de l’étude; 51 personnes dans le groupe vacciné contre 74 personnes dans le groupe placebo.Le risque d’infection a ainsi été réduit de 31.2% par rapport au groupe placebo. Comme le souligne le Dr Kroup, l’effet obtenu est minime, mais les résultats sont significativement différents entre les deux groupes. Et surtout, pour la première fois depuis l’apparition du virus et les multiples tentatives vaccinales, on observe l’effet protecteur d’un vaccin contre l’infection par le VIH.

POUR LA PREMIERE FOIS DEPUIS L’APPARITION DU VIRUS ET LES MULTIPLES TENTATIVES VACCINALES, ON OBSERVE L’EFFET PROTECTEUR D’UN VACCIN CONTRE L’INFECTION PAR LE VIH.

En analysant cette protection sur un plan immunologique, les chercheurs n’ont observé aucune réponse des cellules CD8 mais une réponse des cellules CD4 dirigée contre l’enveloppe du virus (mais pas contre les protéines gag ou pol qui sont plus internes et moins exposées). Le vaccin stimule également beaucoup d’anticorps contre l’enveloppe du VIH, mais ceux-ci ne semblent pas être neutralisants. La réponse contre l’enveloppe du virus  semble être importante, mais il reste à savoir s’il s’agit plus particulièrement d’une réponse CD4 ou d’une réponse des anticorps. Il serait intéressant de comprendre si la réponse des anticorps est liée aux anticorps neutralisants ou à ceux qui sont non neutralisants. Enfin, le plus surprenant reste que la vaccination n’a pas effet sur la charge virale ou le nombre de cellules CD4 chez les sujets qui ont été infectés par le VIH. Ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles études, découlant de ces observations décrites par le Dr Michael dans son exposé. L’étude RV305 reprendra les sujets de l’étude RV144 qui n’ont pas infectés par le VIH et qui seront de nouveau vaccinés, afin d’évaluer l’effet des rappels réalisés. L’étude RV306 reprendra le programme de vaccination préalablement testé en essayant d’améliorer les résultats en modulant les caractéristiques d’injection ou de rappel. Un essai clinique de phase llb devrait aussi être mis en place sur d’autres populations à risque d’être infectés par le VIH. Il est important de mieux comprendre les mécanismes impliqués dans la protection observée dans l’étude RV144 et de confirmer et exploiter ces résultats. D’autre part, il est également important d’améliorer la qualité de réponse des cellules CD8.

Des résultats prometteurs à exploiter et améliorer

Si les résultats obtenus au cours du programme de vaccination réalisé en Thaïlande sur trois ans sont encourageants (avec 31.2% d’efficacité du vaccin), ils restent modestes, on peut également noter plusieurs limites à ce système : finalement peu de participants ont été exposés au VIH au cours de l’étude (125 infections ont été recensées sur plus de 16 000 sujets) et aucun effet n’a été observé sur la charge virale ou le nombre de cellules CD4. Aussi comme il l’a été souligné lors des questions posées au Dr Kroup, les résultats ne concernent pas que les sous types B  et E du VIH, qui sont les sous types retrouvés en Thaïlande. Toutefois, ces résultats apportent des premiers éléments de réponse sur le développement d’une protection à l’infection  par le VIH. Leur exploitation permettra de tester de nouveaux protocoles de vaccination et d’essais cliniques en vue d’améliorer les résultats. Il s’agit d’un premier pas vers une vaccination préventive, même s’il faut rester prudent.

Source Journal du SIDA 04/2010

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