Si la mortalité a fortement diminué grâce aux trithérapies, elle reste l’une des plus élevées d’Europe avec 800 cas par an. Une réalité parfois tue par le corps médicale qui parle de maladie chronique plutôt que mortelle et classe certains décès hors du sida.
« Treize morts en 2009, trois depuis le début de l’année… » Pour l’association parisienne Les petits bonheurs, qui accueille les personnes séropositives et malades du sida isolées, nul doute que le VIH continuer à tuer. « Bien sûr, cela n’a rien à voir avec la mortalité des années 80, mais on oublie les quelques centaines de cas qui existent », rappelle Grégory Bec, coordinateur.
Ces décès sont-ils tous imputables au Virus ? Dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire*, une étude montre que sur 1139 décès en 2006, 809 étaient attribués au sida et 330 n’avaient pas le VIH pour cause première, mais le cancer, les maladies cardiovasculaires ou les morts violentes. Difficile en l’état d’obtenir une radioscopie précise de la mortalité hexagonale due au VIH… « Une sous-estimation des décès chez des personnes séropositives n’est pas à exclure compte tenu de l’évolution actuelle de la maladie vers la chronicité et de la diversification des causes de décès », peut-on lire. « Le sida n’est plus une maladie mortelle », tranche Michel Denis, médecin responsable de l’unité de soins palliatifs à l’hôpital Jean Jaurès à Paris qui accueille notamment des personnes séropositives. « Je ne suis plus confronté aux décès de patients morts du sida. La séropositivité est un facteur aggravant le risque de maladies, par exemple le cancer du poumon, corrélé au tabagisme. Mais dans ce cas, on meurt d’un cancer et pas du sida. » C’est toute la question.
Les cancers progressent
Les personnes séropositives décèdent de plus en plus de cancers qui ne sont pas typiquement liés au VIH. En France, le cancer est devenu la première cause de décès chez les patients infectés par le VIH.
Depuis le début des années 2000, les décès par cancer ont grimpés de 45%. Le plus meurtrier est celui du poumon qui a progressé de 89 % entre 2000 et 2006. Les cancers sont désormais responsables d’un tiers des décès chez les personnes séropositives. On sait que plusieurs sont associés à l’immunodépression induite par l’infection à VIH. On les appelle « classant sida », au même titre que certains types d’infections opportunistes. On y trouve le lymphome non hodgkinien, la maladie de Kaposi et le cancer du col de l’utérus chez les femmes. Par opposition, on parle de cancers « non classant » pour parler des cancers du poumon, foie, des cancers digestifs, de l’anus, du cerveau et du lymphome de Hodgkin. Or, d’après les résultats de l’enquête nationale « Mortalité 2005 », la tendance entre cancers classant et non classant sida s’est inversée. Désormais, 58% des cancers déclarés chez les patients VIH sont non classant sida.
Autre tendance ces dernières années, l’augmentation de la mortalité dans la tranche d’âge des 45-54 ans. Mais on ne sait cependant pas si dans cette tranche la prévalence des cancers non classant sida est plus importante ou non que dans la population générale. Les données manquent, La séropositivité n’étant plus indiquée dans les causes du décès, les personnes séropositives mourant d’un cancer se fondent bien souvent dans la masse des cancers de la population générale. Ce qui est certain, c’est que chaque année de vie avec le virus a une incidence sur la survenue de ces cancers. Même à immunodéficience modérée- aux alentours de 350 CD4 par mm3 – le risque de développer toute forme de cancer est augmenté. Ce risque diminuerait pour tous les cancers, sauf celui du canal anal, si les CD4 remontent à 500. Un argument de choc pour débuter un traitement au plus tôt.
Source Journal du Sida – 04/2010
